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Les services publics et la protection sociale. Baromètre Cgt 2020...

5 mars, par Lolo

Les services publics et la protection sociale sont sans conteste les derniers remparts face au chaos néolibéral.

La collusion entre les gouvernements successifs et les intérêts financiers, couplée au dogme du marché, fragilisent cette barrière depuis bientôt quarante ans.
Les années Macron sont une nouvelle tentative, violente, de destruction de notre modèle social : réductions du nombre de fonctionnaires, recours aux contractuel(le)s, réforme du statut de la Fonction publique, réforme de l’assurance chômage, projet de réforme des retraites, projet de RUA…
Comptabiliser les attaques deviendrait presque difficile.

Afin de défendre au mieux notre modèle de protection sociale ainsi que nos services publics, il est utile d’avoir à l’esprit un état des lieux – loin d’être exhaustif – de la situation.
Il permet à la fois de mettre l’accent sur les points morts des politiques publiques et la dégradation des services publics, mais également de noter l’efficacité d’institutions qui, tant bien que mal, résistent au néolibéralisme.
L’intervention publique reste de loin la meilleure arme pour lutter contre la pauvreté, les inégalités.
Elle reste également le meilleur outil d’un développement économique soutenu et harmonieux sur le territoire.
Encore faut-il une solide vision et volonté politique.

Les services publics et la protection sociale sont notre bien commun et forment le liant entre tous les citoyens.
Les défendre et les développer : voilà le projet que nous portons.

Financement de la Sécu :
Le paritarisme en danger

l’Eco en chiffres...

Depuis la création de la CSG en 1991, cet impôt n’a cessé de prendre de l’ampleur dans le financement de la Sécurité sociale.
Aujourd’hui, 21,7 % de la Sécurité sociale est financée par la CSG, la part des cotisations sociales ayant été réduite à 55,7 % contre 90 % en 1983.
Ce basculement n’est pas sans conséquences.

La CSG ne permet pas d’acquérir des droits !
Aucun droit n’est associé à la CSG, contrairement aux cotisations sociales.
Le système est de moins en moins basé sur l’assurance et la cotisation, et la protection sociale est laissée au bon vouloir des gouvernements.
La gestion collective de ces droits est pourtant le marqueur du paritarisme.

Une remise en cause du paritarisme.
Ce basculement sert également à justifier l’autoritarisme du gouvernement et le balayage de la logique paritaire pour ce qui a trait à la protection sociale – la réforme de l’assurance chômage en est le triste exemple -.
C’est pourquoi nous revendiquons le retour de la cotisation comme mode normal du financement de la Sécurité sociale.

taux de pauvreté :
Triste record d’Emmanuel Macron

l’Eco en chiffres...

Le taux de pauvreté passe de 14,1 % en 2017 à 14,7 % en 2018 (+ 0,6 point). C’est le nombre le plus élevé de personnes en situation de pauvreté depuis vingt ans.

Selon l’Insee, 9,3 millions de personnes sont désormais en situation de pauvreté monétaire.
Cette augmentation est directement imputable aux politiques gouverne- mentales, qui diminuent les ressources des plus faibles quand les patrimoines des plus aisé(e)s explosent.
La réforme des retraites, celle de l’assurance chômage ou encore le projet de « revenu universel d’activité » vont encore aggraver la situation des plus fragiles.
Le gouvernement Philippe a décidé de mener la guerre contre les pauvres plutôt que contre la pauvreté.
Nous avons formulé des propositions pour éradiquer la pauvreté. Elles diffèrent bien évidemment de ce que prépare le gouvernement.

Seul un programme ambitieux de développement de l’emploi pour tou(te)s et une revalorisation des prestations sociales (financées notamment par la redistribution des richesses) permettront de sortir durablement de la pauvreté.
C’est urgent.

En savoir plus… Voir le document « Propositions Cgt pour éradiquer la pauvreté »

La protection sociale : Dernier rempart contre le chaos néolibéral

l’Eco en chiffres...

En 2016, le taux de pauvreté est passé de 22 % à 14,1 % grâce à la redistribution.

Le système de protection sociale a un impact positif.
Ces chiffres nous permettent de dresser 2 constats majeurs.
Tout d’abord, contrairement à ce que laissent entendre certain(e)s libéraux(les,) la protection sociale a bien un effet, et pas des moindres !
Évidemment, on ne peut se satisfaire d’un taux de pauvreté de 14 %, mais la réduction de la pauvreté de l’ordre de 36 % grâce au système de protection sociale est à souligner !

Niveau inquiétant des inégalités primaires.
Pour autant, le fait que le taux de pauvre- té est à 22 % avant la redistribution est un signal d’alerte.
C’est la conséquence des inégalités de revenus majeures que l’on observe en France.
Ces faibles revenus touchent particulièrement certaines catégories de ménages.
Ainsi, avant redistribution, 61 % des familles monoparentales avec 2 enfants sont sous le seuil de pauvreté.
C’est également le cas pour 32,5 % des jeunes de moins de 20 ans.
Face à des inégalités d’une telle ampleur, la redistribution ne peut être qu’un palliatif.
Le véritable enjeu, c’est de limiter l’accroissement des richesses pour les plus riches, via notamment un salaire maximum et une forte taxation sur les patrimoines, et d’augmenter les revenus des moins riches, via l’augmentation des salaires.

En savoir plus… Sur la question des inégalités primaires : Askenazy P. (2019), Partager les Richesses, Odile Jacob

Les prestations sociales :
Rustine du libéralisme

l’Eco en chiffres...

Depuis 1960, la part des prestations sociales en espèces dans le revenu des ménages n’a pas cessé de croître.
Si cela tient en partie à une meilleure protection sociale et une augmentation du nombre de retraité(e)s, c’est avant tout lié à des besoins grandissants et à des salaires stagnant depuis les années quatre-vingt.
Ainsi, sur 100 € de revenu disponible, 35,50 € viennent de prestations sociales.
C’était 17 € en 1960 ; le travail ne paie plus assez pour couvrir les besoins des ménages.

Le libéralisme crée des besoins de protection sociale.
Cette augmentation de la part des prestations sociales dans nos revenus n’est certainement pas révélatrice d’une grande générosité de nos gouvernants.
C’est surtout que le libéralisme a accru les inégalités et exclu des millions de personnes du marché de l’emploi, augmentant considérablement le besoin de protection sociale.

Nous voulons vivre de notre travail !
Ne nous y trompons pas !
Si la Cgt milite, sans réserve, pour une protection sociale de haute qualité, n’oublions pas qu’elle a en partie pour rôle de compenser les inégalités primaires (les revenus primaires désignant les revenus du travail et du capital avant intervention de l’État).
Or, ce que nous voulons avant tout, c’est qu’un maximum de personnes puissent vivre de leur travail.
L’inévitable réduction des inégalités primaires passera notamment par la taxation du capital et la réduction du temps de travail pour travailler tou(te)s et mieux.

Exemple :
Une personne seule au Smic (1 202 € nets) est éligible à 220 € de prime d’activité.
Ce sont donc 220 €, soit 15 % de son revenu total, qui sont pris en charge par la collectivité plutôt que par l’employeur, alors que c’est lui qui tire le fruit de son travail.
Le Smic revendiqué par la Cgt – à hauteur de 1 800 € bruts en 2018 – augmenterait le salaire en incorporant cette prime d’activité sans que le(la) salarié(e) doive la réclamer ou vérifier qu’elle lui est bien versée.
Retraité(e)s :
Des pensions bradées

l’Eco en chiffres...

Des pensions en baisse.
Entre 2001 et 2016, non seulement le montant des pensions nettes en euros constants (c’est-à-dire corrigé de l’inflation) n’a pas augmenté, mais il a même baissé de 2,8 %.
Souvent présenté(e)s comme des nanti(e)s par le gouvernement, on voit bien que la réalité est toute autre pour les retraité(e)s.
Le dispositif d’indexation actuel ne garantit pas le pouvoir d’achat, c’est pourquoi la CGT revendique l’indexation des pensions sur le salaire moyen.
Les retraité(e)s ne doivent pas être une variable d’ajustement budgétaire.

Les retraité(e)s, victimes de la politique de Macron.
Les chiffres exacts ne sont pas encore connus, mais la situation s’est encore détériorée depuis – notamment avec la hausse de la CSG -.
Hormis les retraité(e)s fortuné(e)s qui ont profité de la suppression

de l’ISF et de la flat tax, la majorité des retraité(e)s ont perdu du pouvoir d’achat avec les budgets votés depuis le début du quinquennat Macron.
Avec la réforme des retraites, Macron souhaite que la part des retraites ne dépasse jamais 14 % du PIB – alors même que le nombre de retraité(e)s va continuer d’augmenter-.
C’est une nouvelle attaque contre le pouvoir d’achat des futur(e)s retraité(e)s, qui verraient leurs pensions considérablement réduites par rapport au système actuel.

Nous serions tou(te)s perdant(e)s de cette réforme qui cherche à nous pousser vers la capitalisation.

En savoir plus… Sur la réforme des retraites : « Contact : La retraite en danger, tous concernés ! »

Nous vivons plus longtemps…
Mais dans quelles conditions ?

l’Eco en chiffres...

Vivre plus longtemps, oui, mais surtout en bonne santé !
Le gouvernement semble vouloir faire de l’espérance de vie un indicateur sur lequel indexer la durée de cotisation.
Or ce qui nous intéresse c’est surtout l’espérance de vie en bonne santé : à quoi bon vivre plus longtemps si c’est dans des conditions très dégradées ?
Ce que montre le graphique, c’est que l’espérance de vie en bonne santé (en rouge) stagne alors que l’espérance de vie (en jaune) continue d’augmenter.

Finir sa carrière en mauvaise santé, pas question !
Selon les vœux du gouvernement, on devrait donc continuer à travailler en mauvaise
santé.
En effet, l’espérance de vie en bonne santé est inférieure à « l’âge pivot » envisagé par le gouvernement, alors même qu’il s’agit d’une moyenne.
Dans le détail, l’espérance de vie en bonne santé est de 64,5 ans pour les femmes et de 63,4 ans pour les hommes.
Pour certaines professions, fortement concernées par la pénibilité, l’espérance de vie en bonne santé est encore inférieure à ce chiffre.
Il s’agit donc de travailleur(se)s qui devront terminer leur carrière en mauvaise santé ou être en invalidité en attendant de pouvoir toucher leur retraite.
Ce n’est pas acceptable.
Revendiquer le partage du temps de travail et la retraite à 60 ans, c’est aussi revendiquer le droit à profiter de la vie à la retraite.

Les jeunes générations sacrifiées sur l’autel de l’austérité

l’Eco en chiffres...

Depuis 2008, le budget par étudiant(e) dédié à l’enseignement supérieur (hors inflation) a baissé de 9 %.
Le gouvernement sous-investit depuis des années et n’assure plus la qualité de l’enseignement supérieur public telle qu’elle devrait être.
C’est également à cause de ce sous-investissement que le nombre de places à l’université est insuffisant, ce qui a motivé la réforme Parcoursup instaurant la sélection à l’université.
Il était pourtant pré- visible que les jeunes nés en 2000 allaient avoir 18 ans en 2018 – l’âge de l’entrée à l’université -.
La logique des gouvernements successifs est incompréhensible : comment préparer « l’économie de la connaissance » en diminuant dans le même temps le budget par étudiant(e) ?
À croire que le président Macron cherche délibérément à faire baisser les qualifications…

Le gouvernement pousse les étudiants vers le privé.
En dégradant ainsi l’université, l’État fait la part belle à l’enseignement supérieur privé, où la sélection sociale est la plus forte.
Pire, cette marchandisation de l’enseignement supérieur force les jeunes à s’endetter massivement pour payer leurs études.
Aux États-Unis, 69 % des étudiant(e)s diplômé(e)s en 2018 avaient un emprunt de 29 800 $ en moyenne.
Au total, la dette étudiante représente 1 500 milliards de dollars et menace l’économie américaine, voire mondiale.
Ne nous inspirons pas de ce contre-modèle

La Cgt revendique la gratuité de l’enseignement supérieur avec une place pour chaque bachelier(ère) (fiche 15 des repères revendicatifs).

Accès à la médecine :
L’abandon des pouvoirs publics

l’Eco en chiffres...

L’État ne compense pas les inégalités territoriales liées à la liberté d’installation de la médecine libérale.
Étant donné la liberté d’installation dont jouissent les médecins, il est logique de voir des inégalités dans la densité des effectifs de médecins en exercice libéral ou mixte.
Ainsi, le climat des Alpes-Maritimes attire de nombreux(ses) médecins, c’est donc le département (hormis Paris) qui a la plus forte densité de médecins en libéral ou exercice mixte.
Cependant on peut penser que le rôle de l’État est de com- penser, au moins en partie, ces inégalité « naturelles ».
Il ne fait en réalité que les accentuer.

Un indicateur révélateur de l’abandon de l’outre-mer.
Concernant la médecine libérale et mixte, Mayotte dispose de 9 fois moins de médecins que l’Eure, département métropolitain le moins bien doté.
Comme le montre le graphique, l’État ne corrige nullement ces inégalités.
En termes de médecins salarié(e)s, les Mahorais(es) sont également parmi les 3 territoires français à la plus faible densité.

On trouve aujourd’hui des départements qui ne comptent qu’un(e) seul(e) médecin sur certaines spécialités.
Ce n’est pas acceptable !

Entre 2017 et 2018, le nombre de généralistes en activité régulière dans la Creuse a chuté de 7,30 % alors qu’il s’agissait déjà d’un des départements les moins dotés.
La culture :
Victime du dogme budgétaire

l’Eco en chiffres...

La culture, sacrifiée par l’austérité.
Le programme 224 du projet de loi de finances intitulé « Transmission de savoirs et démocratisation de la culture » a vu ses crédits réduits de 7 % en 2020 par rapport à 2019, malgré l’apparition dans ce programme de plusieurs dizaines de millions d’euros dédiés au « Pass Culture ».
Au moins, les priorités du gouvernement sont claires. Le gouvernement se targue d’une augmentation de 1 % du budget global, qu’il faut replacer dans le contexte de coupes régulières depuis 2008.
On constate alors que le budget du ministère de la culture a diminué en prenant en compte l’inflation.

La culture, facteur d’émancipation.
Ces choix budgétaires sont révélateurs du manque d’intérêt qu’entretiennent les gouvernements successifs vis-à-vis de la culture.
Pourtant, la culture est indispensable à l’émancipation sociale.
Il est donc primordial que chacun(e), quelle que soit sa condition sociale ou son lieu de résidence par exemple, ait accès à la culture sans aucune forme d’obstacle.
La mise en place du « Pass Culture » est en opposition à cela : elle ne bénéficie qu’aux multinationales du secteur et renforce les inégalités en jouant sur l’auto-exclusion des classes sociales modestes.
Quand on sait que le SNU (service national universel) va coûter 1,5 milliard d’euros, soit 50 % du budget du ministère de la Culture, on se dit que le gouvernement a une vision particulière de l’émancipation.

Nous avons besoin d’une vision moins élitiste et centralisée de la culture, pour des investissements culturels dans tous les territoires.

L’emploi public :
Moteur du développement économique

l’Eco en chiffres...

L’emploi public souvent extrapolé.
Le corps politique, et avec lui les économistes libéraux(les), répète à qui veut l’entendre que la France compte « trop de fonctionnaires ».
Les chiffres démontrent une réalité bien différente.
En 2015, on comptait en France 88,5 emplois dans les administrations publiques pour 1000 habitant(e)s.
C’était 158,5 en Norvège, soit près de 80 % de plus.
On remarque que les pays nordiques, souvent cités en exemples en termes de discipline budgétaire, monopolisent les premières places du classement.
L’emploi public est donc loin d’être incompatible avec des finances saines, comme le laisse penser le gouvernement.

L’importance de la fonction publique.
Au-delà de ces considérations purement quantitatives, il est primordial de rappeler le
rôle et l’importance des fonctionnaires et du secteur public.
Les services publics assurent un accès équitable aux éléments les plus fondamentaux comme l’éducation, la santé ou encore la justice.
Ils sont donc un pilier de l’économie et de la cohésion sociale.

Il y a un lien direct entre le nombre d’emplois publics, la réduction des inégalités, les performances scolaires et la qualité de la croissance.
La Norvège a ainsi l’IDH (indice de développement humain) le plus élevé au monde (hors pays de moins d’un million d’habitant(e)s).
Contre la raison économique, l’idéologie libérale nous conduit à préférer dépenser des dizaines de milliards en exonérations de cotisations sociales plutôt que de développer l’emploi public.

La ruralité :
Grande oubliée des services publics

l’Eco en chiffres...

L’éloignement des services d’urgences met les populations en danger.
Les territoires ruraux sont les premières victimes des fermetures de services publics, qui s’éloignent un peu plus chaque jour.
Les fermetures d’hôpitaux en sont un exemple prégnant.
Cela n’est évidemment pas sans impact sur les populations.
Ainsi, on voit sur ce graphique que dans les territoires les plus ruraux, la part de personnes à plus de 30 minutes d’un service d’urgences augmente considérablement.
Quand on sait l’importance d’une prise en charge rapide dans les situations urgentes, on comprend le poids de ces inégalités.

Tous les services publics sont concernés par les fermetures.
Selon la Cour des comptes(1), entre 2013 et 2017, le nombre d’écoles rurales a été ré- duit de 5,31 %, soit plus de 1 000 fermetures d’écoles en cinq ans.
En ce qui concerne les services de la Direction générale des finances publiques, même traitement : 5,6 % de réduction entre 2011 et 2016, sans compter les nombreuses fermetures depuis cette date pour lesquelles nous attendons des chiffres.
Les exemples sont nombreux et aucun pan du secteur public n’y échappe.
Rappelons que l’État doit assurer un accès égal aux services publics pour tous les territoires.

(1) Cour des comptes, « L’accès aux services publics dans les territoires ruraux », mars 2019