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Pouvoir d’achat et inégalités. Baromètre Cgt 2020...

3 mars, par Lolo

C’est peu dire que le capitalisme financiarisé a conduit à une concentration extrême des richesses.

Un constat simple suffit parfois à mettre en perspective : les 26 personnes les plus riches du monde détiennent autant de richesses que la moitié de l’humanité (Oxfam).
Les penseur(se)s libéraux(les), et avec elles et eux les gouvernements successifs depuis une trentaine d’années, cherchent à justifier ces inégalités extrêmes par la « théorie du ruissellement » (dont on ne trouve d’ailleurs aucune trace dans les manuels économiques).
Accroître la richesse des plus riches serait en quelque sorte le prix à payer pour que le reste de la population bénéficie des décisions d’investissement des plus aisé(e)s.
Ce raisonnement n’a jamais été vérifié, et c’est même l’inverse.
Dans son dernier ouvrage, Piketty montre que les périodes de faibles inégalités correspondaient à des périodes de plus fort développement économique.
Répartir les richesses est un enjeu de justice sociale autant que d’efficacité économique.
C’est la direction inverse qui est prise par ce gouvernement, qui a décidé, dans la plus pure tradition libérale, d’organiser en quelque sorte la redistribution des plus pauvres vers les plus riches.
Noblesse d’État et puissances financières marchent main dans la main.
Les indicateurs de ce chapitre donnent à voir la grande polarisation de revenus : concentration historique au sommet, stagnation des revenus et augmentation du coût de la vie pour les plus pauvres.
L’élément le plus marquant est sans aucun doute la taille des patrimoines des plus riches et le manque à gagner pour nos finances publiques du fait de l’évasion fiscale

Des inégalités qui ne cessent d’augmenter

l’Eco en chiffres...

Les inégalités mondiales de patrimoine battent tous les records. En 2016, les 0,1 % les plus riches détenaient 16 % du patri- moine mondial (contre moins de 10 % en 1981).
Les 1 % les plus riches en détenaient eux 33 %.
Si les tendances se poursuivent, ces chiffres seront respectivement de 25 % et 39 % en 2050.
Cette surpuissance des plus riches est néfaste à la fois pour l’économie, l’écologie et la cohésion sociale.

Une solution : la taxation du capital.
Il n’est plus possible d’accepter qu’une minorité de personnes concentre une part toujours plus importante des richesses.
Pour lutter contre ces inégalités, il n’y a qu’une seule solution : taxer le patrimoine et les revenus qui en sont tirés au niveau mondial.
Les 1 % les plus riches accaparent encore 21 % des revenus mondiaux quand

les 50 % les plus pauvres se partagent des miettes, moins de 10 %.
Il ne peut y avoir aucune justification à de telles inégalités, d’autant plus que la majorité de ces patrimoines sont issus d’héritages.

Le revenu désigne l’argent qu’un individu ou un ménage gagne en une année.
Il peut être issu du travail ou du capital.
C’est un flux.
Le patrimoine correspond à l’ensemble des biens qu’un individu ou ménage possède à un moment donné.
Il peut être constitué d’immobilier, de biens meubles, d’actions ou autres titres.
C’est un stock.
Les inégalités de patrimoine sont toujours plus importantes, notamment du fait des héritages et de l’accumulation du capital.
Part du travail :
Chute il y a 40 ans et stagnation depuis

l’Eco en chiffres...

D’une manière schématique, la valeur ajoutée (VA), c’est-à-dire la richesse supplémentaire créée par le travail, est répartie entre le travail (via les salaires) et le capital (via les profits).
Cette répartition fait l’objet d’âpres conflits entre syndicats et patronat.
Il y a dans notre histoire économique récente, une grande rupture qu’illustre le graphique ci-dessus.
Les années 1980 marquent la fin des « trente glorieuses », où la croissance économique était assise sur un accroissement continu des salaires.

Les années 1980 voient une chute de la part de la VA dévolue aux salaires, passant de 73 points en 1980 à 66 aujourd’hui.
Très concrètement, cela signifie que les richesses produites rémunèrent bien plus le capital depuis une trentaine d’années qu’auparavant et que la part rémunérant le travail a chuté puis stagné.
La justification peut être trouvée dans le théorème de Schmidt, selon lequel « les profits d’aujourd’hui sont les investissements de demain et les emplois d’après-demain ».
Donner plus aux actionnaires devait favoriser l’investissement et l’emploi.
Or que s’est-il produit ?

Une financiarisation non sans conséquences.
L’investissement a stagné, l’emploi s’est détérioré au fil de la financiarisation de l’économie, les services publics ont été détruits et, sans surprise, le patrimoine des plus riches a littéralement explosé.
Dernière conséquence en date de cette distorsion du partage de la VA en faveur des profits : la crise de 2008, dont nous payons encore les conséquences et qui n’est certainement pas la dernière.

Salaires et dividendes :
Le capital rafle la mise

l’Eco en chiffres...

Les dividendes ont plus augmenté que les salaires.
Depuis 1960, la somme des salaires bruts versés en France a été multipliée par 55. Sur la même période, la somme des dividendes et intérêts nets a quant à elle été multipliée par 78.

Les actionnaires plus gourmands depuis les années quatre-vingt.
Alors que les dividendes et les salaires évoluaient au même rythme jusqu’en 1980, les actionnaires se sont montré(e)s de plus en plus gourmand(e)s et se sont versé de plus en plus de dividendes au détriment de l’investissement et des salaires.

Les gouvernements sont complices.
Combien de candidat(e)s aux élections se sont dit être « le·la candidat(e) du travail » ?
Macron lui-même était le « candidat de la fiche de paie ».
Pourtant, les chiffres démontrent que les actes sont contraires aux paroles : les gouvernements ont laissé filer la rémunération du capital (via notamment la flat tax ou la suppression de l’ISF) au détriment de la rémunération du travail tentant de combler l’appétit insatiable des rentiers et rentières.

La première étape vers un rattrapage des salaires est la revalorisation du Smic à
1 800 € bruts en 2019.
Salaires : La grande stagnation

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Très faible augmentation du salaire réel.
Le graphique ci-dessus nous montre que l’augmentation du salaire réel (c’est-à-dire une fois l’augmentation des prix prise en compte) est très faible depuis le début du millénaire.
En effet + 8 % pour le salaire net moyen en seize ans, cela correspond à seulement + 0,48 % par an en moyenne.
De plus, cette légère augmentation des salaires est liée au fait que les salarié(e)s sont de plus en plus qualifié(e)s.

Faible augmentation entièrement imputable à l’augmentation des CSP Logiquement, si la proportion de cadres augmente, sachant que ce sont les salarié(e)s les mieux payé(e)s, le salaire moyen augmente de même.
Ces 8 % d’augmentation du salaire net moyen ne sont donc pas un progrès pour les salarié(e)s mais un simple effet mécanique de la hausse des qualifications

Les 10 % les plus riches gagnent plus que les 40 % les plus pauvres réuni(e)s

l’Eco en chiffres...

Les travailleur(se)s figurant parmi les 10 % les mieux rémunéré(e)s accaparent 26,62 % du revenu total du travail.
C’est 11 fois plus que les 10 % de travailleur(se)s les plus pauvres.
En effet, les 10 % de travailleur(se)s les moins rémunéré(e)s se partagent 2,34 % du revenu total du travail, du fait notamment du temps partiel subi qui diminue les revenus mensuels des plus pauvres.

Les richesses existent, sans aucun doute. C’est leur répartition qui pose problème. L’un des outils pour faire face à ces inégalités de revenus est la réduction du temps de travail pour donner accès à un emploi à temps complet pour tou(te)s celles et ceux qui le souhaitent.
L’autre modalité c’est la réduction des écarts de revenus au sein de l’entreprise.

À ces inégalités salariales s’ajoutent celles plus importantes encore liées à la rémunération du capital et de son inégale répartition. Les inégalités de revenus du travail ne sont que la partie émergée de l’iceberg.

Les 10 % les plus riches gagnent plus que les 40 % les plus pauvres réuni(e)s !
Gagner un écart de salaire de 1 à 5 permettrait de diminuer drastiquement ces inégalités de revenus.
Inégalités salariales femmes-hommes :
Un quart en moins

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En 2015, en France, le salaire moyen des hommes en équivalent temps plein était près de 23 % supérieur à celui des femmes.
En réalité, les inégalités sont supérieures puisque les femmes sont davantage soumises au temps partiel.
Les inégalités salariales se chiffrent donc plutôt à 25,9 % lorsque l’on prend en compte l’effet du temps partiel.
Pour ce qui est de la main-d’œuvre non qualifiée, le patronat cherche à minimiser les salaires indifféremment du sexe, ce qui fait que c’est chez les ouvrier(ère)s non qualifié(e)s et les employé(e)s que les inégalités sont les plus faibles à mesure qu’on se rapproche du Smic.
En revanche, dans les professions plus qualifiées, l’écart s’accroît pour atteindre 25 % chez les cadres.
Les femmes diplômées se heurtent donc à un plafond de verre, lorsqu’il s’agit de postes à responsabilités et à forte rémunération.
Ainsi, en 2015, seules 20 % des femmes gagnaient 2 432 € nets ou plus alors que c’était le cas pour environ 30 % des hommes.
Et encore, ces données sous-estiment la réalité car elles n’intègrent pas toutes les primes.

En savoir plus : Silvera Rachel (2014), Un Quart en moins, La Découverte

Parmi les professionnels de l’action culturelle, sportive et surveillant(e)s, l’écart de salaire s’élève à 38 % !
Pour les cadres de la banque et des assurances ce n’est pas moins de 29 %.
En juin 2019, au moment où la Caisse d’épargne Île-de-France affiche une très bonne note pour son index égalité professionnelle (94/100), la Cgt lance la première action de groupe en discrimination salariale femmes-hommes et constate que l’écart salarial est de 18 %, et même 34 % pour les catégories supérieures.
En outre, en 2018, 56 % des promotions professionnelles « avec changement de catégorie » ont bénéficié à des hommes, alors qu’ils ne représentent que 38 % des effectifs.
Les plus riches vivent douze ans de plus que les plus pauvres

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Jean-Paul Delevoye, chargé de la réforme des retraites (avant sa démission forcée pour des « oublis » dans sa déclaration d’intérêt), voulait faire de l’espérance de vie moyenne un indicateur sur lequel indexer le départ en retraite.
Un an d’espérance de vie correspondrait à quatre mois de travail en plus dans son idée.

Mais sommes-nous vraiment égaux sur ce point ?
Absolument pas.
Pour les hommes, on peut observer près de douze années d’écart d’espérance de vie entre les 10 % les plus pauvres et les 10 % les plus riches.
Pour les femmes, les inégalités se chiffrent autour de huit années.
Comme pour le pouvoir d’achat, l’évolution de

l’espérance de vie doit s’apprécier en fonction du revenu.
C’est toute la rhétorique du gouvernement qui tombe : nous ne vivons pas tous aussi longtemps, surtout à la retraite.
Il existe plusieurs explications possibles à ces chiffres, comme l’accès difficile aux soins, à une alimentation de qualité ou encore le fait que le travail pénible est souvent lié à un salaire faible.
Ces inégalités sont tout à fait inacceptables.
Les augmentations du niveau de vie des plus pauvres et la réduction des inégalités sont donc loin d’être un luxe mais sont une nécessité vitale pour des millions de Français(es).
En France, en 2019, la pauvreté continue de tuer précocement des millions d’individus parce qu’ils n’ont pas la chance d’être riches.

Le prix de l’immobilier :
Symptôme de la hausse des dépenses contraintes

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Depuis 1996, le prix de l’immobilier dans l’ancien a été multiplié par 2,65.
Les prix avaient baissé puis s’étaient stabilisés suite à la crise, mais la montée des prix semble avoir repris.
Depuis 2015, le prix de l’immobilier dans l’ancien a progressé de 9 %.
Double effet pervers : augmentation du loyer pour les ménages locataires – les loyers étant corrélés à la valeur des biens – et difficulté d’accéder à la propriété pour de nombreux ménages.

L’augmentation du loyer dans le budget des ménages est révélatrice de l’augmentation plus générale des dépenses contraintes ou pré-engagées.
Entre 1960 et 2016, les dépenses liées aux loyers sont passées de 10 à 23 % du revenu disponible brut.
Pour l’ensemble des dépenses de consommation pré-engagées (électricité, gaz, internet, assurance…), on est passé de 13 % à près de 30 % en 2016.

Évidemment, c’est beaucoup plus important chez les ménages modestes pour qui le loyer, les assurances et divers abonnements représentent une très forte part de leurs revenus.
Leur revenu dit « arbitrable », c’est-à-dire ce qui reste une fois payées toutes ces factures, est donc très faible.

70 % du patrimoine en France provient de l’héritage

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La méritocratie est un mythe.
Le discours libéral a besoin de raconter certaines histoires pour justifier les niveaux aberrants de concentration des richesses aujourd’hui.
Par exemple, le mythe tenace de la « méritocratie », qui voudrait que le gâteau soit réparti entre les plus méritant(e)s (les « premier(ère)s de cordée » qui mériteraient plus, et même beaucoup plus) et le reste d’entre nous, qui semble-t-il, ne mérite pas grand-chose.
L’extrême richesse serait donc le prix à payer pour bénéficier des cerveaux supérieurs de notre société, sous peine de les voir prendre le large.
Cependant, les données dont nous disposons donnent une autre image de la répartition des richesses.
En 2010, 70 % du patrimoine total en France provient de l’héritage !
On est en droit de se demander où est le mérite à être le fils ou la fille d’un nanti. Pire encore, si on en croit les estimations de Piketty, l’héritage devrait représenter 90 % du

patrimoine à la fin du siècle (si bien sûr nous continuons de tolérer ces inégalités d’ici là).

Le capitalisme ne rémunère que les plus riches.
Le capitalisme contemporain ne rémunère pas les plus méritant(e)s, il rémunère les rentier(ère)s et les héritier(ère)s.
La méritocratie est une justification libérale des inégalités qui ne tient pas un instant la confrontation au réel.
Il est temps de rappeler une vérité simple : les plus riches ne servent pas l’intérêt général ; ils ne servent qu’elles(eux) mêmes, et se servent grassement sur le dos de celles et ceux qui produisent la richesse : les travail- leurs et les travailleuses.

Les 10 % les plus riches concentrent plus de 50 % du patrimoine total, quand les 50 % les plus pauvres se partagent à peine 10 %.
Bernard Arnault :
15000 € toutes les 30 secondes

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Le Smic annuel est trop élevé…
Pour celui qui a touché un million de fois plus en un an.

Le patrimoine des plus riches de France n’en finit plus de grandir.
Fin 2018, les 10 familles les plus fortunées de France cumulaient 348 milliards d’euros, l’équivalent de 15 % du PIB de la France.
À lui seul, Bernard Arnault a vu sa fortune grimper de 17 milliards d’euros en un an, soit près d’un million d’années de Smic annuel brut – ce même Bernard Arnault qui explique régulièrement à quel point le Smic est trop élevé…
Par comparaison, si l’on convertit le patrimoine en secondes, la fortune de Bernard Arnault correspond à 2 863 ans tandis que le patrimoine médian des Français (113 900 € en 2015) correspond à un jour, 7 heures et 38 minutes.

(Très) chers milliardaires. </span
Au rythme de 2018, le temps de lire ces lignes, la fortune de Bernard Arnault a grimpé de plus de 15 000 €, soit près d’un Smic brut annuel en 30 secondes.

En finir avec la concentration des richesses. </span

Au-delà du montant ahurissant des chiffres, c’est le pouvoir conféré à quelques per- sonnes sur les entreprises – et donc sur les salarié(e)s – qui est inacceptable. En finir avec la concentration des richesses c’est ouvrir la voie à une gestion collective de l’entreprise.

Durant l’année 2018, Bernard Arnault a gagné 541 € chaque seconde.
Des riches de plus en plus nombreux

l’Eco en chiffres...

Des sacrifices au profit des plus riches. </span
La pression exercée sur les salaires des Français(es), ça fonctionne !
En effet, les salarié(e)s français(es) peuvent se réjouir, les sacrifices salariaux auxquels ils consentent profitent bel et bien aux Français(es)…
Les plus riches !
En 2018, le nombre de millionnaires français(es) est passé de 1 888 000 à
2 147 000, soit une augmentation de près de 14 % qui nous place dans le top 3 mon- dial !
Et les perspectives sont tout aussi réjouissantes pour les plus riches puisque le nombre de millionnaires pourrait encore grimper de 40 % en cinq ans selon les estimations du Crédit suisse.

Les millionnaires sont bien gâtés </span
Non seulement les millionnaires français(es) sont de plus en plus nombreux(ses) mais également de mieux en mieux traité(e)s, puisqu’elles et ils ne sont plus redevables de l’ISF, remplacé par un impôt à la marge sur le patrimoine immobilier (IFI).

Partage des tâches :
nous créons les richesses, ils en profitent
</span
On entend souvent « qu’il n’y a pas d’argent » à dépenser en France.
De l’argent il y en a : dans les mains d’une minorité qui concentre une part toujours croissante de la richesse que nous créons.

Paradis fiscaux :
Un manque à gagner colossal pour les finances publiques

l’Eco en chiffres...

Lorsqu’on évoque les problèmes budgétaires, il est rare d’entendre parler de paradis fiscaux.
Il faut qu’un scandale éclate (Panama Papers, LuxLeaks) pour que la question soit remise à l’agenda médiatique.
On y pense, et puis on oublie.
Dans le même temps, les chiffres donnent le tournis.
Des chercheurs de l’Université Berkeley ont montré que 300 milliards d’euros d’actifs français sont détenus dans les paradis fiscaux.
C’est l’équivalent de 15 % du PIB annuel de la France.
Imposés au taux légal, ce sont 50 milliards d’euros selon les estimations qui échappent chaque année au fisc, c’est-à-dire pratiquement le budget annuel de l’éducation nationale.

Les plus riches échappent encore à l’impôt Dernier point, et pas des moindres : sur ces 300 milliards, la moitié est détenue par les 0,01 % les plus riches.
Il y a une véritable scission des plus riches avec la solidarité nationale et son support de base, l’acquittement de l’impôt.

En savoir Plus…
_Lire l’ouvrage de Gabriel Zucman, La Richesse cachée des nations, Seuil, 144 pages