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Travail et emploi. Baromètre Cgt 2020...

27 février, par Lolo

Le travail est un élément structurant de notre société.
_Au delà de la place qu’il y occupe, le travail – ou au contraire l’absence de travail – est prépondérant dans la vie de chacun.

Ainsi, en France, une salarié(e) à temps complet (39,1 heures par semaine en moyenne) passe 20,5 % de sa vie au travail.
Si on retire les temps physiologiques (sommeil, alimentation et toilette), c’est même 35,7 % du temps des salarié(e)s qui est passé au travail.
Au vu de ces chiffres, il est d’autant plus important que le travail soit émancipateur et que chacun(e) y trouve sa place.

Travailler moins pour travailler tout(e)s et mieux n’est donc pas un simple slogan, c’est un véritable projet de société !

Les indicateurs que nous présentons dans ce chapitre pointent les principaux éléments clés liés au travail et à l’emploi : chômage, emplois vacants, productivité…
Les sujets traités permettent de déconstruire certains poncifs libéraux bien ancrés dans le débat public.
Ils rappellent également la nécessité – si besoin était – de lutter pour conquérir de nouveaux droits

2 actif(ve)s sur 10 privé(e)s d’un emploi à taux plein

l’Eco en chiffres...

Le taux de privation d’emploi pour comprendre la réalité du marché du travail
Le taux de chômage tel qu’il est repris généralement est insuffisant pour comprendre la situation détériorée du marché du travail.
Nous proposons un autre indicateur : le taux de privation d’emploi.
Alors que le taux de chômage officiel est de 9 %, le taux de privation d’emploi, comprenant le sous-emploi (c’est- à-dire essentiellement le temps partiel subi) et le halo du chômage (toutes les personnes sans emploi mais non comptabilisées), est lui du 20 %.
2 actif(ve)s sur 10 sont donc privé(e)s d’un emploi à temps plein.

Les femmes premières concernées
Les chiffres fournis par l’Insee pourraient laisser penser que la situation des femmes est similaire à celle des hommes, avec un chômage se situant autour de 9 %.
Il faut intégrer le sous-emploi pour que l’écart se creuse, passant à 16 % pour les femmes contre 12 % pour les hommes.
Lutter contre le sous-emploi est autant affaire de justice sociale que d’égalité femme/homme.

Il faut une politique économique d’envergure
Il ne suffira pas de « traverser la rue » pour résoudre le problème massif de la privation d’emploi.
Deux leviers doivent être activés : la réduction du temps de travail par le passage aux 32 heures, et une politique d’investissement massive seule à même de résoudre le chômage de masse.
Il est urgent d’interdire les temps partiels imposés par l’employeur(se) comme nous le revendiquons.

Chômage de longue durée :
Multiplié par 2,5 en dix ans

l’Eco en chiffres...

La durée du chômage s’allonge
Si le nombre de privé(e)s d’emploi donne une indication de l’état du marché du travail, on peut affiner encore le chiffre en regardant combien de temps ces dernier(ère)s restent éloigné(e)s de l’emploi.

Le constat est alarmant : entre 2008 et 2019, le nombre de demandeur(se)s d’emploi de longue durée a été multiplié par 2,5 passant d’environ un tiers à près de la moitié du total des chômeurs et chômeuses.
Pire encore, 17 % des personnes concernées sont au chômage depuis trois ans ou plus (contre 9 % en 2008).

Les conséquences de la crise et de l’incurie des gouvernements
La croissance du chômage de longue durée à partir de 2008 est la conséquence de la crise dite des « subprimes » qui a éclaté la même année.
Sa progression constante jusqu’à aujourd’hui montre l’incapacité des gouvernements successifs à apporter une réponse à cette crise.
Par conséquent, ce sont plusieurs millions de personnes qui sont durablement éloignées de l’emploi.
C’est toute la cohésion sociale qui est mise en péril.
Quelle est la réponse du gouvernement actuel ?
La lutte contre les chômeur(se)s par un contrôle accru, au lieu de lutter contre le chômage par une politique d’investissement que nous appelons de nos vœux et par la sécurisation des parcours grâce à la sécurité sociale professionnelle.

Il y a beaucoup moins d’emplois vacants
que de demandeur(se)s d’emploi

l’Eco en chiffres...

Le nombre d’emplois vacants est souvent mis en avant pour expliquer le niveau du chômage en France.
Certes, ce nombre est au plus haut depuis le nouveau mode de calcul de fin 2015, mais cela coïncide simplement avec la baisse du chômage.
Pour les entreprises de plus de 10 salarié(e)s, le taux d’emplois vacants est estimé à 1,33 % au deuxième trimestre 2019.
Il est tout à fait normal que moins il y a de chômeur(se)s, plus il est difficile de trouver une salarié(e) pour une employeur(se).

Les emplois vacants, une goutte d’eau dans l’océan du chômage.
Il est important de mettre en lien le nombre d’emplois vacants et le nombre de demandeur(se)s d’emploi.
Ainsi, si tous les emplois vacants étaient pourvus, seul(e)s 6 % des demandeur(se)s d’emploi auraient retrouvé un emploi et le taux de chômage passerait à environ 8 %.
Autant dire que même dans ce cas, le problème du chômage de masse serait loin d’être résolu.

Temps de travail et productivité

l’Eco en chiffres...

En ce qui concerne le temps de travail des Français(es), deux idées reçues sont largement médiatisées, notamment par le président Macron.
- Les Français(es) travailleraient moins que leurs voisin(e)s ;
- La réduction du temps de travail serait un frein à l’économie.

Les statistiques fournies par Eurostat dressent un tableau différent.
Elles montrent d’abord que les salarié(e)s à temps plein travaillent non pas 35 heures, comme le laisse supposer la durée légale, mais 39 heures par semaine en moyenne (suite au détricotage des lois Aubry par les gouvernements successifs), des niveaux comparables à nos voisin(e)s européen(ne)s.

Elles rappellent ensuite que les travailleur(se)s français(es) sont parmi les plus productif(ve)s d’Europe, loin devant les Anglais(es) ou les Italien(ne)s.
En matière de productivité, on retrouve au sommet du classement les Danois(es), Belges et Norvégien(ne)s.
Fait remarquable, c’est aussi dans ces pays où l’on travaille le moins !

Il est donc clair qu’un temps de travail plus élevé n’est en aucun cas un gage de réussite économique, bien au contraire !
La réduction du temps de travail à 32 heures que propose la Cgt est la meilleure manière de créer des emplois et d’assurer un développement économique plus respectueux de l’environnement.

Temps partiel :
Un symptôme du sous-emploi

l’Eco en chiffres...

Temps partiel : subi pour près de la moitié des salarié(e)s concerné(e)s
Plus de 4 millions de salarié(e)s français(es) travaillent à temps partiel, soit 18 % de la population active en France.
Pour près de la moitié d’entre elles et eux (1,7 million), le temps partiel est imposé par l’employeur(se) (on parle alors de temps partiel subi).
Cette forme de précarité touche plus particulièrement les femmes, qui représentent 80 % de l’ensemble des temps partiels.

Temps partiel subi : la double peine
Pour ces travailleur(se)s à temps partiel subi, le revenu moyen en 2013 était de 746 € par mois, soit pratiquement 300 € en dessous du seuil de pauvreté.
Pire encore, plus d’un tiers d’entre elles et eux (37,3 %) ne sont pas en CDI : à la pauvreté monétaire vient s’ajouter la précarité.

Un manque à gagner pour la Sécurité sociale
Moins d’heures travaillées, c’est également moins d’euros cotisés.
Rien que pour les cotisations retraites, le passage à temps complet de ces salarié(e)s permettrait de faire rentrer près de 3,5 milliards d’euros de cotisations supplémentaires, soit autant que le déficit du régime général et le fonds de solidarité vieillesse prévu pour 2019.

35 % de temps partiels à Monoprix La grande distribution est particulièrement touchée par le temps partiel subi.
Chez Monoprix, 35 % des salarié(e)s sont concerné(e)s par le temps partiel.

Il est urgent d’interdire les temps partiels imposés par l’employeur(se) comme le revendique la Cgt.

L’aberration des heures supplémentaires

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872 000 000 heures supplémentaires en 2018 > 542 626 emplois en équivalent temps plein.

Les heures supplémentaires alimentent un partage sauvage du temps de travail. Faire travailler davantage des salarié(e)s déjà à temps complet alors que plus de 5 millions de personnes sont en recherche d’emploi n’a aucun sens d’un point de vue social.
Le vivier d’heures supplémentaires effectuées en 2018 aurait pu permettre de créer 542 626 emplois, ce qui aurait correspondu à une baisse du chômage d’environ 10 %.

Sachant qu’il y a 1,7 million de travailleur(se)s à temps partiel subi, travaillant en
moyenne 22 heures par semaine, ces heures supplémentaires pourraient permettre de faire passer à temps complet 84 % de ces travailleur(se)s.
Par ailleurs, ces chiffres ne prennent en compte que les heures supplémentaires rémunérées, or ce sont chaque année des millions d’heures qui sont effectuées gratuitement par les salarié(e)s.

Depuis le 1er janvier 2019, Emmanuel Macron a décidé de défiscaliser et désocialiser les heures supplémentaires.
Cela va donc avoir à la fois un impact négatif sur l’emploi mais également sur le financement de la Sécurité sociale qui sera privée de 2 milliards de recettes par an.

Des conditions de travail toujours plus dégradées

l’Eco en chiffres...

La difficile mesure des conditions de travail .

Les conditions de travail ne sont pas aisément mesurables, du fait de leur caractère éminemment subjectif et variable (notamment en fonction des secteurs d’activité). La Dares fournit pourtant quelques indicateurs globaux, comme le rythme du travail, la contrainte physique ou la répétition des tâches, qui racontent tous la même histoire : celle d’une intensification et d’une dégradation des conditions de travail.

Conditions de travail :
tous les indicateurs au rouge.

Le graphique ci-dessus rend visible cette réalité.
Toutes les courbes sont ascendantes, ce qui signifie que toutes les contraintes augmentent.
Attardons-nous sur la courbe représentant la répétition des gestes.

Elle explose littéralement entre 2005 (date à laquelle on a commencé à la mesurer) et 2016 : plus de 40 % des salarié(e)s déclarent ainsi devoir répéter les mêmes gestes continuellement.
Alors que les progrès techniques étaient censés nous libérer de ce genre de contraintes au travail, les statistiques nous donnent à voir une réalité bien différente.

L’hôpital, champion des mauvaises conditions de travail Le secteur hospitalier semble être le plus touché par la dureté des conditions de travail.
En effet, 42,4 % (contre 35,2 % pour l’ensemble des salarié(e)s) déclaraient subir au moins 3 contraintes de rythme et 52,2 % au moins 3 contraintes physiques intenses (contre 34,9 % pour l’ensemble des salarié(e)s).
La difficile mesure de la « plateformisation » du travail

l’Eco en chiffres...

Peu de données exploitables.
Les chiffres sur la plateformisation du travail et les travailleur(se)s « indépendant(e)s » sont assez peu connus, et l’ampleur du phénomène est difficile à quantifier.

Étudier les créations d’entreprises dans le domaine du transport qui regroupent les chauffeur(se)s et livreur(se)s à vélos autoentrepreneur(se)s travaillant sur les plateformes permet cependant d’en évaluer l’évolution.

Il n’y a pas d’autre explication expliquant l’ampleur de la hausse des créations d’entreprises dans ce domaine que la montée du nombre de coursier(ère)s à vélo et de chauffeur(se)s, on peut donc imputer la majeure partie de cette hausse à la plateformisation du travail.

Forte hausse de création d’entreprises dans le secteur « transports entreposages ».
Concrètement, en 2010, 9 654 entreprises ont été créées dans ce domaine, ce chiffre est monté à 70 447 en 2018 et pourrait s’être élevé à plus de 90 000 en 2019.

Inquiétante croissance des plateformes.
Cet accroissement est inquiétant sur plusieurs aspects, notamment du fait que plus ces travailleur(se)s sont nombreux(ses), plus le pouvoir des plateformes est important puisqu’elles peuvent les mettre en concurrence.
La baisse de la rémunération imposée du jour au lendemain aux livreur(se)s par Deliveroo en juillet est l’illustration de ce pouvoir exorbitant.

Microtravail :
Le travail en miettes

l’Eco en chiffres...

Derrière l’intelligence artificielle, le travail invisible.
Que se cache-t-il derrière la voix des assistants virtuels comme Siri, ou Alexa (le petit boîtier d’Amazon) ?
Comment le GPS vous suggère-t-il le meilleur trajet ?
Comment encore une application vous propose un film adapté à vos goûts ?
« L’intelligence artificielle » masque en réalité le travail de milliers de femmes et d’hommes pour entraîner et vérifier les algorithmes qui lui servent de base.
Des chercheur(se)s ont dénombré 250 000 « travailleur(se)s du clic » en France, qui pour quelques centimes cliquent à la chaîne sur des images, saisissent des données, modèrent des contenus ou répondent à des questionnaires.

Un complément de revenus extrêmement faible
.

Selon cette étude, le microtravail est majoritairement fourni par des femmes (56 %)jeunes (entre 25 et 44 ans).
Le revenu mensuel moyen pour ces activités est de 21 € en moyenne.
Il s’agit souvent d’un complément de revenus pour des personnes en situation de précarité.

La plateformisation du travail :
Un enjeu syndical majeur.

L’enjeu en termes d’emploi est potentiellement très important.
Les États-Unis sont les premiers à subir ces mutations de plein fouet.
En 2020, plus de 10 % des actif(ve)s seront des travailleur(se)s des plateformes (Huws, 2020).
Le transport à vélo ou l’exemple d’Uber sont les plus médiatisés en France.
Mais l’économie numérique, portée par des grandes firmes (Gafam 1) transforme le travail en profondeur, en le morcelant, l’isolant et en l’invisibilisant.
Il y a là un enjeu majeur pour organiser et protéger celles et ceux qui travaillent pour quelques euros de plus.

1. Acronyme regroupant Google, Amazon, Facebook, Apple et Microsoft

3 emplois sur 10 profondément transformés
par la robotisation

l’Eco en chiffres...

La prospective est un art délicat.
Diverses études nous donnent pourtant un aperçu des mutations que pourrait rencontrer le travail demain.
Selon un récent rapport de l’OCDE, 14 % des emplois sont susceptibles d’être automatisés dans les pays de l’OCDE, et 32 % « profondément transformés ».
Entre 15 et 20 % des emplois sont ainsi menacés en France selon le rapport.

Les bas salaires premiers concernés.
Le graphique ci-dessus issu du rapport montre que ce sont d’abord celles et ceux qui gagnent le moins qui sont le plus susceptibles de voir leur emploi disparaître.
Il se pourrait que les effets de l’automatisation soient les mêmes que ceux de la mondialisation : des gains pour les plus riches, des pertes pour les plus pauvres.
La majorité des études conduites pour l’instant concluent à des pertes d’emplois et de salaires.

Des gains pour le capital.
Toutes les études s’accordent sur un point : peu importe l’hypothèse retenue sur l’emploi ou les salaires, il y aura d’abord des gains pour le capital et donc pour ses détenteur(rice)s.
L’effet le plus immédiat de l’automatisation sera donc un accroissement des inégalités.

Réduire le temps de travail
S’il est bien une mesure qui permettra de faire face à ces changements éventuels, et notamment la hausse de la productivité du travail, c’est la diminution du temps de travail, via le passage aux 32 heures seul à même de garantir un emploi de qualité à tous et toutes.