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Détecteur de Mensonges.... "C’est celui qui dit qui l’est !"

7 août, par Lolo

Il est surprenant d’apprendre, alors même que la Loi pour un État au service d’une société de confiance (ESSOC) (1), vient d’être voté, que l’institut 4.10 lance un appel d’offres de formation à la détection du mensonge…

Y aurait il un lien entre ces deux annonces ?

Les dirigeants de la Sécurité Sociale s’inspirent d’une la série américaine (2) pour demander à son organisme de formation, l’institut 4.10, de lancer un appel d’offres pour une formation à la détection des mensonges.

Selon une source journalistique (Le Parisien du 27 juillet 2019) (3), ce serait 749.999 € HT qui pourraient être débloqués pour former les salariés des CPAM, des CAF et des CARSAT par groupe de 8 à 12 personnes sur des sessions de 2 ou 3 jours.

Les salariés de la Sécurité Sociale deviendraient donc des apprentis sorciers pour détecter les menteurs….

Mais de quels mensonges parlons-nous ? Celui aux prestations sociales ou celui aux cotisations sociales, car parmi les organismes concernés, point d’URSSAF ....

Est-ce vraiment de ça dont les salariés de la Sécu, ont besoin ?

Combien représente une formation pour permettre aux salariés d’intégrer
les changements de législation permanents et de communiquer en temps
et en heure, les bonnes informations aux demandeurs et bénéficiaires
de prestations sociales ?

A combien se chiffrent les fraudes aux prestations en nature des établissements de santé ?

A combien se chiffrent les fraudes aux cotisations sociales des employeurs ?

A combien se chiffrent le nombre de bénéficiaires de prestations sociales « fraudeurs » au regard du nombre d’employeurs pratiquant le travail dissimulé et la fraude au travail détaché ?

D’un côté, les dirigeants de la Sécurité Sociale sont prêts à déployer des millions d’euros pour faire la chasse aux sorcières, bénéficiaires de prestations sociales.
De l’autre, ils laissent courir des employeurs qui font travailler des salariés non déclarés, ceux qui ne règlent pas les cotisations sociales.

La Sécu cherche des centimes et de l’autre, elle laisse s’envoler des millions d’euros.

Deux poids, deux mesures…

- La fraude aux prestations sociales représentait en 2017, 587 millions d’euros et concernait 0.3% des bénéficiaires.
- La fraude aux cotisations sociales quant à elle, est estimé entre 5.2 et 6.5 milliards d’euros soit 11 fois plus ! (4)
- Pour comparaison, la fraude fiscale elle, représente entre 60 et 80 milliards d’euros par an, soit 136 fois plus !

Quels moyens pour permettre aux salariés de recevoir les demandeurs et bénéficiaires qui ont besoin d’être reçus pour avoir des réponses ? Rien !

Quel accueil pour permettre aux demandeurs et aux bénéficiaires d’avoir toutes les informations sur leurs droits en fonction de leur situation ? Aucun !

Bien au contraire, les directions des organismes de Sécurité Sociale, suppriment des permanences d’accueil. Elles mettent en place des permanences téléphoniques qui font que les assurés, les allocataires, n’ont jamais le même interlocuteur au bout du fil et certainement pas celui qui a traité leur dossier.

Rien pour aider les demandeurs et les bénéficiaires à remplir correctement les imprimés de demandes de prestations qui peuvent être complexe !

Rien concernant le non-recours au RSA, qui représente un gain de plus de 5 milliards d’euros pour l’Etat !

Rien pour renforcer et développer les contrôles Urssaf, quand la fraude aux cotisations sociales des employeurs représente 11 fois plus que celle des prestations sociales !
Bien au contraire, selon la Cour des Comptes, « les sanctions pénales sont peu nombreuses et peu dissuasives ».
Cour des Comptes qui sollicite, elle-même, une politique pour faire aboutir les procédures de sanctions pour fraude aux cotisations sociales, par des fermetures de chantiers ou d’établissements et à la mise en cause des donneurs d’ordres ou maîtres d’ouvrage. Et là, que fait le gouvernent ?

Non, le personnel de la Sécurité Sociale n’a pas pour mission, de jouer les apprentis sorciers !!

Les agents de la Sécu ne sont ni des cowboys ni des agents secrets, mais les garants du droit aux prestations. « Le droit, que le droit mais tout le droit » a-t-on coutume de dire dans nos caisses.

Les dirigeants de la Sécurité Sociale préfèrent mettre des millions d’euros dans la répression alors qu’il faudrait les mettre dans la prévention des erreurs ainsi que dans la détermination de l’ensemble des droits.

Aujourd’hui, la Sécurité Sociale, poussée par le gouvernement, fait le choix de supprimer des emplois, faire disparaitre des organismes, et développer le tout numérique laissant les bénéficiaires seuls face à leurs questions, pour ensuite les « taxer » de menteurs !!!!

Alors, les menteurs, qui sont-ils ? Qui est à l’origine de la duperie, de la mystification qui fait passer une partie de nos assurés, allocataires et pensionnés pour des escrocs, quand les vrais délinquants à col blanc continuent, eux à dépouiller, sans vergogne notre Sécurité Sociale ?

La mission des salariés de la Sécu n’est pas de détecter d’hypothétiques mensonges mais bien de détecter des droits et ce sont des moyens humains supplémentaires qui sont nécessaires et non pas cette énorme et coûteuse fumisterie !

Stop, ça suffit !
EMPLOIS, SALAIRES, CONDITIONS DE TRAVAIL,
PROTECTION SOCIALE…

Le tract...


1) La loi pour un État au service d’une société de confiance (ESSOC) s’inscrit dans la volonté du Gouvernement de transformer l’action des services publics. En s’adossant à 2 piliers (faire confiance et faire simple), elle fait le pari d’une relation de confiance entre les usagers - particuliers ou entreprises – et leurs administrations.

La loi Essoc consacre des changements profonds déjà engagés par nombre d’administration dans leurs pratiques - les agents publics ont déjà à cœur de répondre au mieux à chaque situation individuelle, surtout lorsque l’usager se trouve en difficulté pour faire valoir ses droits ou à la suite d’une erreur dans ses démarches administratives.
L’objectif est de passer d’une logique de contrôle a priori à une approche basée davantage sur la confiance et la prévention de l’erreur.

2) Lie to Me, est une série télévisée américaine en 48 épisodes de 42 minutes créée par Samuel Baum d’après les théories du docteur en psychologie clinique Paul Ekman.
(Il fut l’un des pionniers dans l’étude des émotions dans leurs relations aux expressions faciales (théorie de détection des micro-expressions élaborée à partir d’études sur les sociétés primitives et leurs réactions universelles à diverses photographies)

3) 2 articles du PARISIEN :
- Fraudes aux prestations : la Sécu va former ses agents à la détection des mensonges...
- Fraudes : une sénatrice dénonce la « curieuse » formation des agents de la Sécu...

4) source : Délégation nationale à la lutte contre la fraude