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La retraite : Explication d’un camarade retraité pour les nuls

Merci à mon camarade Raymond pour sa participation à cet article très instructif

mercredi 12 septembre 2018, par Lolo

ACCORD DU 17 NOVEMBRE 2017 « RETRAITES COMPLEMENTAIRES »

Les partenaires sociaux, hormis la CGT et FO ont signé un accord dont les conséquences sont désastreuses pour les retraités et futurs retraités.

1) A compter du 1er janvier 2019, les salariés prenant leur retraite, même à taux plein, à l’âge légal, verront leur retraite complémentaire amputée de 10 % pendant trois ans, sauf à reculer son départ à la retraite d’un an.

Cette mesure anticipe évidemment un éventuel départ en retraite de 62 à 63 ans.

2) Revalorisation de la valeur d’achat et de la valeur de service du point en tenant compte d’un facteur de soutenabilité financière ;
Exprimé en termes plus clairs, cela veut dire qu’à compter de 2019, la valeur du point pourra baisser, et donc toutes les retraites liquidées baisseront immédiatement dans la même proportion : c’est du jamais vu !

Mais cela anticipe de la réforme voulu par Macron. (Pour plus de précisions, lire l’article de Christine LABRE dans « Options »N° 632 de décembre 2017).

3) Fusion des régimes ARRCO – AGIRC au 1er janvier 2019. Outre que cette fusion ne règle en rien les problèmes financiers actuels et à venir dans les deux régimes. Il induit automatiquement la disparition, à compter de cette date, de la Garantie Minimale de Point (GMP).

C’est une véritable catastrophe pour l’encadrement.

Rappel historique :

De 1947 à 1988 inclus, la cotisation à l’AGIRC partant exclusivement sur la tranche B, les cadres et assimilés dont l’affiliation était rendue obligatoire par leur classement dans les grilles de classification professionnelles de branche de l’industrie, du commerce et des services mais dont le salaire était inférieur ou égal au plafond de la sécurité sociale, ne cotisaient donc pas et donc n’acquerraient pas de droit à la retraite à l’AGIRC : on les appelait les « figurants ».

Infime au départ ((3 % des participants AGIRC en 1973)) leur nombre a crû rapidement au fil des ans car le plafond de la sécurité sociale évoluant beaucoup plus vite que le salaire des cadres et donc nombreux sont ceux qui voyaient leur salaire passer en dessous du plafond.

En 1988, leur pourcentage était passé à 14 %.

Le régime AGIRC était donc structurellement déficitaire par manque de cotisants.

Pour remédier à cette faiblesse qui le condamnait à terme, un accord paritaire singé en 1988 a créé la Garantie Minimale de Points (GMP).

A partir du 1er janvier 1989, tout affilié au régime AGIRC a cotisé à ce régime. Ceux qui avait un salaire ne leur permettant pas d’acquérir 144 points annuels versaient une cotisation forfaitaire et étaient crédités de 144 points.

Suite aux accords de 1996 ; entérinant une baisse des retraites induites par le changement de mode d’indexation des paramètres servant au calcul des pension (revalorisation valeur du point par inflation déjà vu par ailleurs)
Les partenaires sociaux (sauf la CGT) ont abaissé la GMP à 120 points par ans.
Néanmoins ce système est avantageux pour le salarié.

Aujourd’hui, dans nos milieux professionnels près de 40 % des cadres sont concernés.

Si j’ai cotisé seulement 5 ans à la GMP à hauteur de 28 euros mensuel (ainsi que 28 euros de cotisation dites « employeur » et je perçois 38 euros mensuel de l’AGIRC (peut-être pour 20 ou 30 ans).

Actuellement, pour une carrière complète à la GMP le montant annuel versé au retraité par l’AGIRC s’élève à 2 298 euros soit 191,50 euros par mois.

C’est le montant que les futurs retraités perdront à terme.

Pour la carrière en cours, l’acquisition de points cesse au 1er janvier 2019, mais dans le futur, qui paiera les droits acquis jusqu’à cette date ? et avec quel financement ?
Il est permis de s’interroger et d’avoir de grandes craintes que ce la passe pour perte et profit….

DESINDEXATION DES PENSIONS

Conséquences :

Jusqu’à la fin des années 1980, les pensions étaient revalorisées chaque année en suivant l’évolution du salaire moyen ouvrier. Cela permettait de maintenir le pouvoir d’achat des retraités par rapport aux actifs.

Puis, depuis 1989, à l’instar des salaires portés au compte de l’assuré, elles ont été revalorisées en suivant l’inflation.

J’ai fait, voilà deux, dans mon syndicat une étude de la perte mensuelle en euros que ce la représente au bout d’un certain nombres d’années.

J’ai calculé ce que serait au 1er janvier 2016, le montant des pensions de camarade si les retraites avaient continué d’être revalorisées en fonction du SMO.

Évolution en % du salaire ouvrier depuis 2000
(chiffres disponibles DARES)

Résultat de l’étude sur la perte de pouvoir d’achat de nos pensions de retraite (PARTIEL)

A l’heure actuelle, seulement les chiffres de l’évolution du salaire moyen depuis l’année 2000 (source DARES, Ministère du Travail).

J’ai donc travaillé sur les pensions de retraités depuis 2000.

Dans les résultats, je fais apparaître seulement le différentiel mensuel au 1er janvier 2016 qui existerait si les pensions avaient été revalorisées suivant l’évolution du salaire moyen comme le revendique la CGT.

RETRAITES : RÉFLEXIONS SUR LA SITUATION ACTUELLE ET LES PROJETS GOUVERNEMENTAUX

Nous nous attacherons, dans ce document, à l’étude des retraites du secteurs privé, dont dépend la quasi-totalité des salariés et anciens salariés qui dépendent du champ couvert par la fédération des organismes sociaux.

La retraite du secteur privé se décompose en deux parties :
- La retraite de base
- La retraite complémentaire

Principe d’acquisition des droits à la retraite

Retraite de base :

Durant toute la carrière du salarié, les salaires sont, chaque année, portés au compte de l’assuré dans la limite du plafond de la sécurité sociale.

A la date de prise de retraie, ces salariés sont revalorisés par un coefficient d’actualisation. Ensuite, un salaire annuel moyen (SAM) est calculé en faisant la moyenne des 25 meilleures années de la carrière.

Pour une carrière complète et à l’âge l’égal de départ, la pension annuelle acquise est égale à 50 % du SAM.

C’est un système dit « à prestation définie » pas de surprise pour le salarié.

Nous verrons, néanmoins, dans un chapitre suivant, que différentes réformes « paramétriques » misent en œuvre depuis 1993 ont sérieusement écorné le montant des pensions servies.

Retraite complémentaire :

Dans les régimes ARRCO et AGIRC, l’ensemble de la carrière est pris en compte.
Le régime AGIRC étant intégré à l’ARRCO au 1er janvier 2019 (voir plus loin) je me bornerai à expliquer l’acquisition des points ARRCO :

Chaque année, un taux de cotisation de 6 % est appliqué au salaire annuel brut.

Par exemple, un salarié a gagné en 2017 30.000 euros
30.000 € x 6 % = 1.800 €

On divise alors de résultat par le montant d’acquisition du point de retraite, aussi appelé « salaire de référence » (à ne pas confondre avec la « salaire de référence des régimes de base » qui est, lui, le salaire prise en compte pour le calcul de la pension).

En 1917, le salaire de référence ARRCO est de 16,1879 € : 1.800/16,1879 = 111,19

Le salarié a donc acquis 111,19 points pour 2017.
Ce calcul étant fait chaque année depuis le début de la carrière professionnelle de l’assuré.
Sa pension annuelle complémentaire est le résultat de la multiplication du nombre total de points acquis sur la carrière par la valeur du point à la date d’effet de la pension.

Par exemple 6.500 points x 1,2513 (valeur 2018) = 8.133,45 €

Vous remarquerez sans doute que votre cotisation complémentaire qui apparait sur votre bulletin de salaire est égal à 4,50 % (employeur 4,5 %, salarié 3 %).

Ceci représente le « taux d’appel » de cotisations, mais seuls 6 % servent effectivement au calcul des points acquis, les 1,5 % supplémentaires servant au frais de gestion des régimes.
On parle d’un taux d’appel de 125 %

REFORMES PARAMÉTRIQUES SUCCESSIVES : LE MONTANT DES PENSIONS MIS À MAL DEPUIS 30 ANS

Régime de base :

Jusqu’en 1987, les salariés portés au compte de l’assuré étaient revalorisés chaque année suivant l’évolution du salaire moyen ouvrier.

Cela permettait de maintenir, au moment de la prise de retraite, un pouvoir d’achat au même niveau que les actifs.

Depuis 1988, les salaires portés au compte sont revalorisés en suivant l’évolution de l’inflation, ce qui est inférieur en moyenne à la moitié de l’évolution du SMO.

En 30 ans, soit une génération, le montant de la pension calculée au moment du départ à la retraite est de 20 % inférieur à ce qu’il serait si le paramètre de revalorisation des salaires n’avait pas changé.

À cela s’ajoute évidemment le passage de la prise en compte des 25 meilleures années au lieu des 10 meilleures, comme précédemment à la réforme de 1993.

Je prendrai pour exemple mon cas personnel, retraité depuis 2013, mon salaire annuel moyen des 25 meilleures années est égal à 32.831,84 € pour une pension annuelle de 16 415.

Si je calcule avec mes dix meilleures années, le SAM est égal à 35.497,58 € pour une pension annuelle de 17.748,79 €.

Différence 1.332,87 € annuels soit 111 € par mois !

Régime complémentaire :

Comme on l’a vu dans le chapitre précédent, le salaire de référence (prix d’achat d’un point) induit le nombre de points acquis par le salarié.

La valeur du point donne le montant de la retraite annuelle en la multipliant par le nombre total de points acquis.

Ces deux paramètres étaient jusqu’à la fin des année 1980, revalorisés par l’évolution du salaire moyen ouvrier.

Par accord entre les partenaires sociaux (hormis la CGT) les revalorisations ont été différenciées.

- Le salaire de référence à continuer d’être revalorisé en fonction de l’évolution du SMO, soit environ 2.5 % en moyenne chaque année.
- La valeur du point a été revalorisée en fonction de l’inflation, soit entre 1 % et 2 % l’an, d’où un décrochage de la valeur du point par rapport à l’évolution globale du salaire des actifs.

Conséquence : paupérisation des pensions et des retraités futures au rythme d’environ 1 % annuel !

Je prends encore la situation personnelle d’un retraité pour illustrer cela :

Je suis retraité depuis 2013, si la valeur du point avait continué d’évoluer depuis l’année 200 comme le salaire de référence en suivant le SMO, la valeur du point aurait été en 2013 égale à 1,4026 €.

Or, ne suivant plus l’inflation, la valeur du point effective en 2013 était égale à 1,2513 € (valeur toujours en vigueur en 2018 ! nous y reviendrons plus loin). Soit une perte de 10,79 %.

Avec mes bonifications enfants, je perçois une retraite complémentaire ARRCO de 9.300,14 € pour une valeur de point à 1,2513 €.

Si le point n’avait pas été désindexé, je percevrais
9.300,14 x 110,79/100 = 10 303,62 €

Soit 1.003 € annuel supplémentaires
Soit 85,5 € mensuels

Soit une perte de pouvoir d’achat pour les retraités de plus de 1,5 % par an et une acquisition de point (à salaire égal) de moins 6,30 % pour les actifs sur cette seule période…

LE CHANTIER MIS EN ROUTE PAR MACRON

Le projet mis sur la table d’un régime universel par point est potentiellement dangereux pour les retraités et les futurs retraités.

Comme je l’ai montré dans le paragraphe sur les retraies complémentaires, cela devient un système à cotisations définies où le montant des pensions actuelles et futures n’est pas garantie, le paramètre d’équilibre du régime étant la seule valeur du point.

Ainsi, en Suède, où le système de compte notionnels si cher à MACRON, les pensions ont baissé en 2010, 2011, 2014 de plusieurs points.

Leurs pensions représentent aujourd’hui un taux de remplacement de 53 % contre 60 % en 2000.

Cette dégradation rapide n’est pour moi qu’une demie surprise.

Lors d’un séminaire en 2010 à Bruxelles sur le thème de la protection sociale avec des hauts fonctionnaires et lobbyistes au parlement européen.

Ils nous a été expliqué que la volonté et l’objectif des instances européennes étaient, en matière de retraite d’arriver en France aux alentours des années 2050 à un taux de remplacement par les régimes de retraite obligatoire de 42 % !!!

Si l’on fait le parallèle avec la dégradation de notre régime actuel ARCCO comme je l’ai démontré précédemment, la mise en place d’un régime universel par point de plus géré par l’État (la volonté du gouvernement à ce sujet est claire), nous y mènera tout droit.

C’est de plus un régime basé sur l’ensemble de la carrière, où tous les accidents de la vie auront un impact sur la retraite future.

Quid des solidarités que nous connaissons encore aujourd’hui ?
- Période assimilée pour maladie, chômage, maternité,
- Points gratuits pour les invalides,
- Minimum vieillesse.

C’est la porte ouverte à un système supplémentaire par capitalisation à l’anglo-saxonne dont on a pu mesurer l’efficacité lors de « crach boursier » pour les fonds de pension.

Or il est établi et non contesté qu’aucun système par capitalisation ne saurait être aussi efficace qu’un régime par répartition quant aux montants des pensions versées.
INCIDENCE DES DIFFÉRENTES REFORMES SUR LE MONTANT DE MA RETRAITE

Retraite complémentaire :

Le salaire de référence induit le nombre de points acquis par le salarié tout au long de sa carrière.

La valeur du point, multiplié par le nombre de points acquis donne le montant de la pension annuelle.

Jusqu’à la fin des années 90, ces deux paramètres étaient revalorisés en suivant l’évolution du salaire moyen ouvrier.

Par accord entre les partenaires sociaux (hormis la CGT) les revalorisations ont été différenciées :
- Le salaire de référence a continué à être revalorisé en fonction du SMO (environ 2,5 % l’an).
- La valeur du point a été revalorisée en fonction de l’inflation (entre 1 % et 2 % l’an).

Et ce depuis 1996, d’où un décrochage de la valeur du point par rapport à l’évolution moyenne des salaires des actifs.

Conséquence : Paupérisation de la retraite et des retraités futures au rythme de 1 % annuel.

Retraité depuis le 1er juin 2013.
Si la valeur du point avait évolué depuis l’année 2 000, comme le salaire de référence, la valeur du point serait, au 1er avril 2013 de 1,4026 €.
Or, la valeur du point ARRCO en 2013 est égale à 1,2513 €, soit une perte de 10,79 %

Avec mes bonifications pour enfants, je perçois une retraite annuelle ARCCO brute de 9.300,14 € pour une valeur du point à 1,2513 €.
Si la revalorisation du point n’avait pas été désindexée, je percevrais :

9.300,14 x 110,79/100 = 10.303,62 € annuels.
Soit 1.003 € supplémentaire (85,50 € mensuels).

RETRAITE DE BASE RÉGIME GENERAL

Je ne ferai qu’une comparaison à minima, tenant compte simplement du calcul du salaire annuel moyen (SAM) des 10 meilleures années aux 25 meilleures années.

En effet, le différentiel serait encore amplifié d’au moins 15 % par la désindexation, depuis 1987, des salaires portés au compte individuel (revalorisation par l’inflation et non plus par l’évolution du salaire moyen, même problématique que pour la retraite complémentaire ARRCO).

Depuis le 1er juin 2013, ma pension annuelle est égale à 16.415,92 € pour un salaire annuel moyen de 32.831,84 € (25 meilleures années).

La différence est donc de 1.332,87 € annuels sur ma pension, soit 111 € par mois ; 122,10 € en tenant compte de ma majoration pour enfants de 10 %.

Les différentes réformes, tant du droit de base que des retraites complémentaires, me font donc perdre mensuellement (et à minima)

- CARSAT : 121.10 €
- ARCCO : 85,50 € soit 206,60 €

En fait, ceci est un minimum, car ayant 25 années au plafond sécurité sociale, si les taux de revalorisation des salaires portés au compte individuel n’avaient pas été désindexés, je devrais percevoir aujourd’hui la pension maximum, soit le demi-plafond « sécurité sociale » soit pour 2013 ; 18.513 €, ce qui monterait le différentiel total mensuel à 277,76 €.

Disons que les 206,60 € (déjà une belle somme !) sont arithmétiquement inattaquable par nos contradictions.

Cette démonstration doit tout de même nous faire réfléchir sur la situation du salariat.

En effet, elle démontre que si les différentes modifications « paramétriques » effectuées depuis 1993 tant au niveau du régime de base que du régime complémentaire n’avaient pas été faites, je serai parti à la retraite avec un montant de pension supérieur à mon salaire net annuel !

Est-ce socialement acceptable, bien sûr que non….

Ceci démontre que la bataille pour retrouver un niveau décent de retraite est indissociable d’une bataille pour une véritable revalorisation des salaires.

300 euros de plus pour les retraités OK, c’est ce que les retraités ont perdu ces vingt dernières années, mais ce serait incohérent si cela ne s’accompagne pas d’une même revalorisation pour les salariés !!

Vaste programme…..