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La grève ne fait plus recette... Et pourtant !

lundi 17 août 2015, par Lolo

Le syndicalisme vit une crise importante et ce n’est pas les histoires internes à la CGT qui l’aide à être plus audible auprès du monde salariale.

Voir l’article précédent...

"Désormais quand il y a une grève en France, personne ne s’en aperçoit."
Nicolas Sarkozy avait tenu ces propos en juillet 2008.

Contrairement aux idées reçues et à la désinformation libérale :
- Sur la période 2000-2004, La France se situait au dixième rang des pays européens les plus grévistes, avec 40,5 journées individuelles non travaillées (JINT) pour fait de grève pour 1.000 salariés, loin derrière l’Espagne, l’Italie mais aussi la Norvège ou la Finlande.
- Sur la période 1998-2004, c’est le Danemark, royaume si souvent loué pour la « flexisécurité », qui arrive en tête, devant l’Espagne et l’Italie.

On comptait par exemple 223.795 (JINT) en 2003, contre 3 millions en 1976.

La CGT comptait 4 millions d’adhérents en 1948 (Mise en place du système de protection sociale : assurance maladie, système de retraites, les allocations familiales, et l’amélioration du droit du travail français, avec les comité d’entreprise, la médecine du travail, la réglementation des heures supplémentaires, les conventions collectives, le SMIG ...), et moins de
700.000 aujourd’hui.

Un affaiblissement que l’on retrouve chez tous les
syndicats français et qui a été particulièrement manifeste dans les années 80.

Et pourtant la France connaît une situation atypique : l’un des plus faibles taux de syndicalisation des pays de l’OCDE (8 % en 2010) allié à un taux de couverture conventionnelle parmi les plus élevés (93 % en 2008).
Ce paradoxe apparent renvoie à la singularité du modèle français de relations professionnelles, où les organisations syndicales et patronales négocient pour l’ensemble des salariés de la branche et non pour leurs seuls adhérents, grâce à la procédure d’extension des accords collectifs.

Les appels à la grève même de la CGT ne font aujourd’hui plus recette.

Plusieurs explications à cela :
- Après s’être mobilisés en masse en 2010 contre la réforme Woerth des retraites soit 12 journées d’action, dont la moitié avec plus d’un million de manifestants, les Français ont du mal à redescendre dans les rues…
- De plus la crise pèses sur le "pouvoir à acheter" des ménages alors que chaque journée de travail en moins se traduit par une perte nette en bas de la feuille de paie.
- Depuis l’élection de François Hollande, la division des centrales syndicales est réel, il est devenu impossible de recréer une sorte d’union sacrée syndicale tant les divergences entre les centrales sont profondes.
- le matraquage médiatique sur l’ampleur de la crise qui nécessiterait des réformes radicales font que nombre de Français se disent prêts, si l’on en croit les sondages, à accepter des sacrifices pour sauver notre modèle économique et social.
- Enfin la répression syndicale et la discrimination salariale des militants se sont accentuées ces dernières décennies, rendant le militantisme plus compliqué et risqué.

Alors même que les mauvais coup pleuvent de partout (CICE, pacte de responsabilité, Loi macron pour la croissance, Loi Rebsamen sur le dialogue social...), gouvernements et patronat n’ont jamais autant attaqués le monde salarial au nom de la compétitivité tous est prétexte à rabougrir les droits de salariés.

Dans ce contexte certaines organisations syndicales réfléchissent à d’autres actions syndicales, malheureusement pour la classe laborieuse seul le rapport de force face à la mondialisation du capital et à la domination de l’argent est propice à obtenir des droits.

Dans ce contexte seule la mobilisation du plus grand nombre pourra inverser la tendance et donner tort au milliardaire américain Warren Buffett qui a déclaré il y a quelques années, non sans humour, qu’il existait "bel et bien une guerre des classes mais c’est ma classe, la classe des riches qui fait la guerre et c’est nous qui gagnons".

Prolétaires de tous pays, unissez-vous !


En Savoir plus...

Après les grandes grèves de 1936, 1968 et le programme commun de 1981...

Les accords de Matignon sont des accords signés dans la nuit du 7 au 8 juin 1936 à l’hôtel Matignon, sous la présidence du Conseil de Léon Blum (Front populaire), entre la Confédération générale de la production française (CGPF), la Confédération générale du travail (CGT) et l’État. Ils ont été préparés par le ministre du Travail Jean-Baptiste Lebas.

À la suite de ces accords, en échange de l’évacuation des usines occupées, les ouvriers gagnent des acquis sociaux :
- Ils obtiennent des avantages pour toute la profession.
- Les salaires sont augmentés de 7 à 15 % (c’est l’inflation, les gens consomment, les usines tournent, le chômage baisse (politique keynésienne)).
- Les ouvriers obtiennent des délégués pour les défendre.
- On ne peut pas licencier sans autorisation de l’inspecteur du travail.
- C’est la fin des « syndicats jaunes », créés par le patronat.
- Les salariés obtiennent la liberté d’exercice du droit syndical.

Les accords de Grenelle ont été négociés le 27 mai 1968 au ministère des Affaires Sociales (rue de Grenelle), entre le gouvernement du Premier Ministre, Georges Pompidou, les syndicats ouvriers dont la CGT, FO, CFDT, CFTC, FEN et les organisations patronales telles que le CNPF, PME.

Ces accords ont fini par aboutir à plusieurs réformes :
- Augmentation de 35 % du salaire minimum interprofessionnel garanti.
- Augmentation des salaires (environ 7 %).
- réduction du temps de travail (semaine de 40 heures).
- Droit au syndicat d’entreprise.
- Hausse du minimum vieillesse.
- Récupération des journées de grève.

Puis à la suite du programme commun et de l’élection de F. Mitterrand de 1981 jusqu’en 1983 :
- Instauration de la semaine de trente-neuf heures.
- Cinquième semaine de congés payés.
- Lois Auroux sur le droit d’expression et la négociation collective.
- Création de l’impôt sur les grandes fortunes, transformé en 1989 en impôt de solidarité sur la fortune.
- Fixation de l’âge légal de la retraite à soixante ans.

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